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Elle le dressa devant elle, le secoua. Ses yeux étaient durs, sa bouche frémissante, ses mains le déchiraient!

– Quoi? quoi?

– Je suis allé prévenir Flottard, le gouverneur militaire de Paris, et je crois bien être arrivé à temps pour qu’il fasse de la bonne besogne! Avant de venir ici, j’ai eu aussi le plaisir d’apprendre que, grâce à moi, on avait pu mettre la main sur le général Mabel qui s’apprêtait à quitter la place de l’Étoile pour rentrer à Versailles se mettre à la tête de ses troupes. Mabel a été arrêté, jeté à la Conciergerie comme un malfaiteur!

Elle ne l’écoutait plus. Ceci était un coup terrible. Elle ne songeait qu’au moyen d’avertir Jacques qui, certainement, ne devait rien savoir.

À ce moment la porte de l’appartement sauta comme si elle avait été arrachée de ses gonds et une horde se précipita.

C’était la bande de Pagès qui cherchait de tous côtés une issue pour pénétrer dans le château et à qui l’on avait indiqué ce chemin-là!

Pagès salua, demanda pardon, mais tout à coup ceux qui l’entouraient et lui-même reconnurent Lavobourg et Sonia Liskinne.

Cela ne pouvait faire de doute dans l’esprit des envahisseurs qu’ils étaient cachés là pour conspirer contre l’État! De rumeur publique, ils étaient les principaux artisans du coup d’État.

Tous s’écrièrent: «Voilà nos otages! Voilà nos prisonniers! Ce sont les espions du Subdamoun!»

Mais, d’autre part, la bande était pressée de courir à l’Assemblée.

Heureusement se présentèrent de braves citoyens du club de l’Arsenal qui se proposèrent et qui furent acceptés sur présentation de leurs cartes civiques. Sonia et Lavobourg furent entourés par ces gars sinistres qui parlaient un argot redoutable.

Ils paraissaient obéir à un petit vieux dans lequel Sonia reconnut soudain son marchand de cacahuètes de la nuit.

Celui-ci, à la dérobée, lui fit un signe de bonne entente et elle respira.

Mais un de leurs geôliers d’occasion était revenu de la cour avec la nouvelle que le commandant Jacques venait d’être assassiné, elle poussa un cri déchirant cependant que le vieillard bondissait dans le parc avec des jambes de vingt ans!

XIX FAITES VOS JEUX! RIEN NE VA PLUS!

Revenons à Pagès qui, suivi de quelques amis, les plus farouches du parti, avait trouvé le moyen de pénétrer dans la salle du Congrès par une porte de service.

Tous répétèrent derrière lui: «Hors la loi! Hors la loi!» et ceux de leur parti qui étaient déjà aux prises avec les congressistes et que dirigeait l’impétueux Coudry clamèrent aussi en montrant le poing au commandant Jacques: «Hors la loi! Hors la loi!»

Jusqu’alors la grande majorité des représentants avait réussi à repousser hors de l’hémicycle les fanatiques de l’extrême-gauche et à défendre le vote qui se continuait en toute hâte, car la prétention des nouveaux arrivants était ni plus ni moins de l’empêcher, de le rendre impossible.

Au milieu de cette houle, Jacques essaie de détourner sur sa tête leur fureur.

Pendant ce temps, on vote.

Il crie. Il harangue. Il excite ses adversaires d’une voix de tonnerre qu’on ne lui soupçonnait pas et qui arrive à balancer les effets de Pagès.

– Vous êtes sur un volcan! Hâtez-vous de l’éteindre, crie-t-il aux représentants. Sauvons la liberté. Sauvons l’égalité!

– Hors la loi! Hors la loi! À mort le dictateur!

– Les partisans de l’échafaud, hurle Jacques, s’entourent de leurs complices et se préparent à exécuter leurs affreux desseins! Hâtez-vous! Moi, je ne veux que sauver la République!

– Hors la loi!

– Je crois avoir donné assez de gages de mon dévouement à la patrie! Vive la nation!

Dans un élan irrésistible, Coudry et les siens arrivent sur Jacques et ses partisans. C’est une mêlée!

– La liberté est violée! crie Jacques au président. Déclarez le voté clos et proclamez le résultat! Le pays n’a plus rien à faire avec cette bande de forcenés!

Mais sa voix n’est plus entendue et déjà d’autres députés, du parti adverse arrivent de Paris et pénètrent dans l’enceinte venant renforcer Pagès, Coudry et Mulot.

Le tumulte grandit. Des cris effroyables:

– À bas le dictateur! À bas le tyran! Hors la loi!

S’il n’avait pas près de lui deux solides huissiers qui envoient rouler à coups de poing ceux qui l’approchent de trop près, Jacques serait mis en pièces.

Il est aux prises avec les plus violents communistes qui ont franchi les banquettes.

Sa poitrine s’oppresse, sa vue se trouble. Mais on entend un bruit d’armes dans le couloir, c’est un peloton de la coloniale qui vient chercher son commandant en péril.

La bagarre devient effroyable, le tumulte inouï. Le vote est suspendu. Le président veut parler mais ne parvient pas à se faire entendre. Il n’y a que des soldats qui puissent mettre un peu d’ordre dans cet affreux gâchis. Ils finissent par arracher Jacques à l’étreinte des forcenés, lui font un rempart de leur corps. Il est entraîné au dehors.

On le voit arriver dans la cour soutenu par deux coloniaux, affreusement pâle, les traits bouleversés, la tête penchée sur l’épaule, presque évanoui.

À l’intérieur, les révolutionnaires, qui répètent leur cri de bataille, leurs «hors la loi» homicides se sont retournés du côté de l’estrade présidentielle, en escaladent déjà les marches; des urnes sont renversées, brisées… des poings tendus contre le président qui n’a plus d’espoir que dans l’intervention de la force armée et qui l’attend! Il a déclaré le vote clos.

Que les soldats arrivent! Ils peuvent encore tout sauver!

Dans la cour, sur la place d’Armes, sur le pavé extérieur, sur la terrasse, on crie: «Aux armes! aux armes!» Le bruit s’est répandu d’un attentat contre l’idole du jour et mille clameurs supplient l’armée de sauver la nation.

Mais cette force à qui va-t-elle obéir? À son chef: au général Mabel?

Mais Mabel n’est pas là et le bruit court qu’il est emprisonné. Obéira-t-elle au président de l’Assemblée? Mais on dit que les ministres, que les chefs du gouvernement accourent et que le président va être décrété d’accusation pour avoir violé la Constitution [1].

À Jacques? Sa renommée, sa popularité suffiront-elles à entraîner ces troupes qui n’ont jamais eu de contact direct avec lui!

Jacques ne peut véritablement disposer que de son bataillon!

Après un instant de faiblesse, il a reconquis toute sa force, toute son énergie. On se presse autour de lui. Il demande un cheval. Un capitaine lui cède le sien.

Il revient alors vers ses coloniaux qui le reçoivent avec une tempête d’acclamations.

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[1] L’Histoire est un éternel recommencement: ne revivons-nous pas là les heures de Brumaire? Voir Vandale.