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À droite, sur une estrade, était installé un bureau en métal blanc sur lequel reposait une lampe à l’abat-jour vert diffusant une modeste lueur. Le halo lumineux parvenait à peine à éclairer une bibliothèque aux trois quarts vide qui recouvrait le mur face à l’entrée.

De chaque côté de la bibliothèque, deux petites tables rondes supportaient pour l’une ce qui avait jadis dû être un aquarium et pour l’autre un crâne humain.

Christopher s’empressa d’aller fouiller le bureau, tandis que Sarah soulevait le crâne humain à hauteur de regard.

— Il est annoté, dit-elle.

Christopher referma le dernier tiroir dans un geste d’agacement. À l’exception d’un crayon à papier abandonné, il n’avait rien trouvé. Il rejoignit Sarah.

La surface de l’ossement était découpée en plusieurs zones légendées.

— C’est l’écriture de mon père…

On pouvait y lire « aire motrice du langage (Broca) », « gyrus angulaire », « cortex préfrontal », puis toute une série d’aires et de cortex dont Christopher ignorait tout.

Il remarqua cependant que sur la quinzaine de zones démarquées, trois étaient circonscrites de traits très épais. Elles correspondaient aux lobes pariétal, temporal et occipital.

— Si je me souviens bien de mes cours de psychologie criminelle, déclara Sarah, ton père semblait particulièrement intéressé par les trois lobes qui abritent la mémoire.

Christopher reposa le crâne et avisa les livres abandonnés dans la bibliothèque tandis que Sarah jetait un œil sur l’aquarium.

Il s’agissait en réalité d’un vivarium, comme elle s’en rendit compte en voyant le sable et les branches sur lesquels gisait un petit squelette tout en longueur de ce qui avait dû être un reptile, probablement un serpent, compte tenu de l’absence de membres.

Christopher recensa les titres des ouvrages qu’il trouva dans la bibliothèque. D’abord, deux biographies, celle de Marie-Antoinette et une autre de Thomas More. Il se demanda si elles étaient là en guise de divertissement ou si elles avaient un lien avec les recherches menées par son père. À côté se trouvait Le Singe nu de Desmond Morris, ouvrage que Christopher connaissait et où l’auteur analysait l’espèce humaine en la traitant avec les mêmes outils et le même vocabulaire que celui utilisé pour décrire les comportements animaliers.

Sur la dernière étagère traînaient un ouvrage sur les Vikings et un autre sur des témoignages de soldats de la guerre 14-18. Entre la couverture et la première page était glissée une fiche plastifiée. Elle représentait une coupe transversale d’un cerveau humain surmontée du titre Le Cerveau triunique selon Paul MacLean.

— Il nous reste onze heures pour comprendre ce que ton père cherchait. Commence à éplucher les bouquins, je continue l’exploration des pièces.

— Ça me va, répondit Christopher.

Sarah sortit et tourna à gauche pour pousser la porte à double battant qui terminait le couloir.

*

Une unique lampe fixée au-dessus de la porte éclairait par intermittence ce qui avait jadis dû être une salle d’opération. En son milieu, sous le plafonnier opératoire, se trouvait une table en métal, sans matelas et équipée de sangles. Elle était entourée de trois chariots sur l’un desquels reposait une seringue vide. À côté, une ampoule de liquide cassée avait roulé vers le bord du plateau.

Sarah la souleva à hauteur de regard et la reposa. Il ne faisait plus aucun doute qu’ils étaient au bon endroit. L’inscription « LS 34 » était imprimée sur le verre de l’ampoule.

En poursuivant son exploration, Sarah recensa deux armoires vitrées vides, un évier, et surtout un appareil qui lui rappela le dispositif qu’elle avait aperçu dans le sous-sol de Gaustad juste avant que le directeur ne déclenche l’explosion.

Cela ressemblait à un émetteur radio posé sur une table à mi-hauteur. La façade était munie de deux cadrans ronds, deux prises jack et un bouton « ON ».

Du coin de sa manche, Sarah nettoya la poussière qui s’était déposée sur les cadrans. Le premier révéla la mesure d’une donnée appelée « HR » et dont l’aiguille pouvait aller de 0 à 220. Sarah se souvint tout de suite avoir déjà vu cette abréviation sur les machines auxquelles étaient reliés les victimes ou les témoins qu’elle avait visités à l’hôpital dans le cadre de ses enquêtes. HR correspondait au rythme cardiaque[4].

En revanche, la signification du deuxième cadran lui était étrangère. Il était bien plus large et partait à gauche de – X jusqu’à la lettre P à l’extrémité droite. Il mesurait un élément intitulé « T ».

Sarah éclaira le dessus de l’appareil et révéla une fente large de plus de vingt centimètres d’où sortait un rouleau de papier perforé sur les côtés, comme à l’époque des premières imprimantes.

Sarah enclencha le bouton « ON ». Les deux cadrans lumineux s’éclairèrent. L’aiguille du premier se plaça sur le 0 tandis que sur le second cadran, l’aiguille oscilla quelques secondes avant de se positionner au centre.

Comme il ne se passait rien, elle inspecta les parois latérales puis l’arrière du dispositif. Elle y trouva un câble d’alimentation relié à une prise murale et deux cordons terminés d’un côté par une fiche jack et de l’autre par une pastille ronde que l’on pouvait fixer sur la peau.

Et alors qu’elle cherchait à tirer les câbles jusqu’à elle, elle aperçut quelque chose par terre.

– 37 –

De son côté, Christopher avait commencé à parcourir les livres de la bibliothèque en espérant cerner la teneur des expériences que son père avait menées sur Lazar et ses autres cobayes. Il avait débuté par le document en apparence le plus simple, la fiche plastifiée montrant la coupe transversale d’un cerveau humain.

L’organe était divisé en trois zones. La partie la plus en surface du crâne était désignée par le terme de « cerveau néo-mammalien », la seconde couche, un peu plus profonde, était nommée « cerveau limbique », et la troisième, la plus petite, la plus enfouie dans le crâne et la plus proche de la moelle épinière, avait été baptisée « cerveau reptilien ». Christopher remarqua que cette dernière zone était plus usée que les deux autres, comme si on l’avait plus souvent touchée.

Christopher retourna l’affichette et y trouva un résumé de la théorie de Paul MacLean publiée, semblait-il, en 1969.

Le neurobiologiste expliquait qu’au cours de l’évolution, le cerveau humain ne s’était pas formé d’un seul bloc et en une seule fois. Il était le résultat d’une addition de trois cerveaux qui se seraient ajoutés l’un à l’autre au cours de millions d’années.

Le plus enfoui, celui qui se trouvait au centre de la spirale, était donc le plus ancien. En l’occurrence le reptilien. Celui qui assure les réflexes de respiration, de battement du cœur. Et qui guide nos réflexes et nos émotions primitives, comme la reproduction, la peur, tout ce qui touche à l’instinct de survie. Cette partie du texte était soulignée, faisant écho à l’usure de la zone concernée sur le schéma au recto.

MacLean décrivait ensuite le cerveau limbique, selon lui plus impliqué dans la fonction de mémoire, et enfin le dernier, le néo-mammalien, qui contrôlait le langage, le raisonnement logique, ce que l’on qualifie grossièrement d’intelligence.

Christopher s’apprêtait à s’emparer de l’ouvrage sur la neurobiologie quand Sarah fit irruption dans la pièce.

— Il y a une salle d’opération au fond. J’y ai trouvé deux trucs qui devraient nous intéresser. D’abord une machine à laquelle je ne comprends rien. Et puis ça…

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4

Heart rate en anglais.