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Mat lança les dés, ceux-ci tourbillonnèrent, la vision s’effaça et la zone d’ombre redevint des montagnes arides.

« Sauteur ! » Perrin tourna lentement sur lui-même en regardant dans toutes les directions. Il leva même la tête vers le ciel – Il peut voler maintenant – où des nuages promettaient une pluie que le sol très loin au-dessous du sommet du pic absorberait dès qu’elle tomberait. « Sauteur ! »

Une masse obscure se forma au milieu des nuages, un trou dans quelque chose d’autre. Egwene, Nynaeve et Élayne examinaient une énorme cage de métal, dont la porte était maintenue soulevée par un ressort puissant.

Elles y pénétrèrent et levèrent ensemble les mains pour débloquer l’arrêtoir. La porte à barreaux s’abaissa avec un claquement derrière elles. Une femme aux cheveux tressés en multiples nattes se moqua d’elles et une autre tout en blanc se moqua de la première. Le trou dans le ciel se referma et il n’y eut plus que des nuages.

« Sauteur, où es-tu ? appela Perrin. J’ai besoin de toi ! Sauteur ! »

Et le loup gris fut là, atterrissant sur la plate-forme du pic comme s’il avait sauté d’un endroit plus élevé.

Dangereux. Tu as été prévenu. Jeune Taureau. Trop jeune. Encore trop inexpérimenté.

« J’ai besoin de savoir. Sauteur. Tu disais qu’il y a des choses que je dois voir. Il faut que j’en voie davantage, que j’en sache plus. » Il hésita, songea à Mat, à Egwene, Nynaeve et Élayne. « Les choses étranges que je vois ici. Sont-elles réelles ? » La transmission de Sauteur parut lente, comme si c’était tellement simple que le loup ne comprenait pas le besoin d’expliquer ni comment le faire. Finalement, toutefois, une réponse vint.

Ce qui est réel n’est pas réel. Ce qui n’est pas réel est réel. La chair est un rêve et les rêves sont de chair.

« Cela ne me dit rien, Sauteur. Je ne comprends pas. » Le loup le regarda comme s’il avait répliqué qu’il ne comprenait pas que l’eau est humide. « Tu as déclaré que je devais voir quelque chose et tu m’as montré Ba’alzamon et Lanfear. »

Fléau-du-cœur. Chasseresse-de-lune.

« Pourquoi me les montrer, Sauteur ? Pourquoi fallait-il que je les voie ? »

La Dernière Chasse approche. La pensée transmise était emplie de tristesse et d’un sentiment de fatalité. Ce qui sera doit être.

« Je ne comprends pas ! La Dernière Chasse ? Quelle Dernière Chasse ? Sauteur, des Hommes Gris sont venus pour me tuer ce soir. »

Les Non-Morts te traquent ?

« Oui ! Des Hommes Gris ! Acharnés après moi ! Et un Chien Noir se trouvait juste devant l’auberge ! Je veux savoir pourquoi ils me pourchassent. »

Les Frères de l’Ombre ! Sauteur se ramassa sur lui-même, regardant de chaque côté comme s’il s’attendait presque à une attaque. Il y a longtemps que nous n’avons pas vu les Frères de l’Ombre. Tu dois t’en aller, Jeune Taureau. Grand danger ! Fuis les Frères de l’Ombre !

« Pourquoi me poursuivent-ils, Sauteur ? Tu le sais. Je suis sûr que tu le sais ! »

Fuis, Jeune Taureau. Sauteur bondit, ses pattes de devant heurtèrent la poitrine de Perrin, le projetant en arrière, par-dessus le bord du pic. Fuis les Frères de l’Ombre.

Le vent siffla dans ses oreilles quand il tomba. Sauteur et l’arête du sommet du pic s’amenuisaient au-dessus de lui. « Pourquoi, Sauteur ? cria-t-il. Il faut que je sache pourquoi ! »

La Dernière Chasse commence.

Il allait heurter le sol. Il en était certain. Le terrain en bas approchait à une vitesse vertigineuse et il se raidit contre l’impact écrasant qui…

Il se réveilla subitement, les yeux fixés sur la chandelle qui vacillait sur la table de nuit près du lit. Des éclairs illuminaient la fenêtre qui vibrait à chaque coup de tonnerre. « Qu’est-ce qu’il entendait par cette Dernière Chasse ? » marmonna-t-il. Je n’avais pas allumé de chandelle.

« Vous parlez tout seul. Et vous vous débattiez dans votre sommeil. »

Il sursauta et se maudit pour n’avoir pas remarqué la fragrance des herbes dans l’air. Assise sur un tabouret au ras du cercle de clarté projetée par la chandelle, le coude sur le genou, le poing appuyé sur la main, Zarine l’observait.

« Vous êtes Ta’veren, dit-elle comme si elle commençait une énumération. Face-de-Pierre pense que ces yeux bizarres que vous avez peuvent voir des choses que ne distinguent pas les siens. Des Hommes Gris veulent vous tuer. Vous voyagez en compagnie d’une Aes Sedai, d’un Lige et d’un Ogier. Vous libérez un Aiel enfermé dans une cage et tuez des Blancs Manteaux. Qui êtes-vous, paysan, le Dragon Réincarné ? » Le ton de sa voix signifiait que c’était la conclusion la plus ridicule qui lui venait à l’esprit, mais il n’en remua pas moins avec malaise. « Qui que vous soyez, colosse, ajouta-t-elle, un peu plus de poils sur votre poitrine ne serait pas de trop. »

Il se contorsionna en jurant pour attraper une des couvertures et l’étaler sur lui jusqu’au menton. Par la Lumière, elle ne cesse de me faire sauter comme une grenouille sur un rocher brûlant. Le visage de Zarine était à la limite de la zone d’ombre. Il ne la distinguait nettement que lorsque la lueur vive d’un éclair pénétrait dans la pièce par la fenêtre, cette violente illumination projetant ses propres ombres sur son nez fortement dessiné et ses hautes pommettes. Il se rappela soudain que Min lui avait recommandé de fuir une belle femme. Une fois qu’il eut reconnu Lanfear dans ce rêve de loup, il avait conclu que Min parlait d’elle – il ne pensait pas possible qu’une femme soit plus belle que Lanfear – mais elle ne figurait que dans un rêve. Zarine était assise là, le contemplant de ces yeux noirs légèrement obliques, réfléchissant, soupesant.

« Qu’est-ce que vous fabriquez ici ? s’insurgea-t-il. Qu’est-ce que vous voulez ? Qui êtes-vous ? »

Elle rejeta la tête en arrière et éclata de rire. « Je suis Faile, paysan, un Chasseur en Quête du Cor. Qui imaginez-vous que je suis ? La femme de vos rêves ? Pourquoi avez-vous sursauté de cette façon ? On croirait que je vous ai chatouillé. »

Avant qu’il ait réussi à trouver ses mots, la porte se rabattit violemment contre le mur et Moiraine apparut sur le seuil, le visage grave et pâle comme la mort. « Tes rêves de loup sont aussi révélateurs de la vérité que ceux d’une Rêveuse[11], Perrin. Les Réprouvés sont libres, en effet, et l’un d’eux gouverne Illian. »

44

Pris en chasse

Perrin descendit du lit et se mit à s’habiller, sans se préoccuper si Zarine le regardait ou non. Il savait ce qu’il avait l’intention de faire, mais il questionna néanmoins Moiraine. « Nous partons ?

— À moins que tu ne désires mieux connaître Sammael », répliqua-t-elle d’un ton sarcastique. Un coup de tonnerre claqua au-dessus de leurs têtes comme pour ponctuer sa phrase et un éclair luit. L’Aes Sedai regarda à peine Zarine.

Fourrant ses pans de chemise dans ses chausses, il regretta soudain de ne pas avoir sur lui son bliaud et sa cape. Prononcer le nom de celui des Réprouvés en cause donnait l’impression que la pièce était glaciale. Ba’alzamon ne suffit pas comme calamité ; il nous faut encore avoir les Réprouvés en liberté. Par la Lumière, est-ce même important que nous trouvions Rand à présent ? Est-ce trop tard ? Néanmoins, il continua à s’habiller, enfonçant ses pieds dans ses bottes. C’était cela ou abandonner, et les natifs des Deux Rivières n’avaient pas la réputation d’être des lâcheurs.

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11

Le don d’une Rêveuse lui permet de voir en songe scènes du présent et de l’avenir, de prophétiser, d’avertir et de mettre en garde. (N.d.T.)