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Qu'allait-il advenir des termites?

Beaucoup périrent. Les survivants étaient à ce point acculés qu'ils parvinrent à inventer à temps une solution originale: «Ne plus combattre seul, créer des groupes de solidarité. Il sera plus difficile à nos prédateurs de s'attaquer à vingt termites solidaires et faisant front qu'à un seul s'efforçant de fuir.»

Un ne peut rien.

Deux peut plus.

Trois peut tout.

Le termite venait d'inventer le concept de «l'union fait la force». Par la même occasion, il ouvrait l'une des voies royales de la complexité: la Société.

Ces insectes se mirent à vivre en petites cellules, d'abord familiales: toutes groupées autour de la Mère pondeuse. Puis les familles devinrent des villages, les villages prirent de l'ampleur et se métamorphosèrent en villes.

Leurs cités de sable et de ciment se dressèrent bientôt sur toute la surface du globe.

Les termites furent les premiers maîtres intelligents de notre planète.

Ils avaient inventé la vie commune dans la Cité.

Comment

Devant un obstacle, un être humain a pour premier réflexe de se demander: «Pourquoi y a-t-il ce problème et de qui est-ce la faute?»

Dans la même situation, la fourmi a pour premier réflexe de se demander: «Comment et avec l'aide de qui vais-je pouvoir le résoudre?»

Il y aura toujours une grande différence entre ceux qui se demandent pourquoi et ceux qui se demandent comment.

Construire et communiquer

La vie sait faire deux choses: construire et communiquer.

Dès le départ, au plus profond de toutes les cellules, on trouve cette propension double.

L'ADN construit. L'ARN communique.

L'ADN (acide désoxyribonucléique) est à la fois la carte d'identité, la mémoire et le plan de construction d'une cellule. L'ADN est composé d'un mélange de 4 produits chimiques (4 bases azotées) qu'on peut symboliser par leur première lettre. A (Adénine), T (Thymine), G (Guanine), C (Cytosine). ATGC C'est comme un jeu à quatre cartes. On peut les mélanger n'importe comment, tels des cœurs, des trèfles, des piques et des carreaux, cela donnera toujours un jeu.

Mais le jeu s'accomplit à deux mains. A toute ligne de combinaison de cartes ATGC correspond une ligne parallèle obéissant à une loi. A ne s'associe qu'à T, G ne s'associe qu'à C.

Donc à la ligne supérieure GCCCAATGG correspond CGGGTTACC Chaque gène est une entité chimique composée de plusieurs milliers de A,T,G,C C'est son information, son code, sa bibliothèque de savoir qui le caractérisent. La couleur de vos yeux, bruns ou bleus, vient d'une combinaison de ATGC qui vous a programmé ainsi. Toutes nos caractéristiques ne sont que des ATGC. Et il y en a beaucoup. A savoir: si l'on déroulait tout l'ADN d'une de nos cellules, on obtiendrait un filament d'une longueur égale à 8 000 allers et retours de la Terre à la Lune.

La cellule devient complexe, capable de stocker de l'information. Mais à quoi lui servirait cette information, si elle ne pouvait la transmettre?

C'est alors qu'apparaît la capacité de «communication». Les messages envoyés par la cellule ADN. Ces messages ressemblent à des cellules d'ADN, mais un composé chimique les en différencie cependant. On les nomme «ARN messagers» (acide ribonucléique). Ce sont des brins d'acide ribonucléique presque similaires à l'acide désoxyribonucléique (son sucre est du ribose et l'une de ses bases azotées est différente). Juste une lettre change. T est remplacé par U (Uracile). Dans l'ADN de type GCCCAATGG est donc associé l'ARN GCCCAAUGG.

Cette capacité d'expression de l'ADN peut s'illustrer par l'exemple du ver à soie. Avec un ADN, la cellule peut fabriquer autant d'ARN que nécessaire. Un seul gène d'ADN est par exemple capable de reproduire 10 000 copies d'ARN, chacune apte à transmettre aux cellules l'information de fabriquer d'innombrables protéines de fibre de soie. C'est évidemment le cas le plus spectaculaire dans la vie de construction et de communication. Et tout ça nous sert surtout à nous prélasser dans des vêtements doux.

En quatre jours, les gènes d'une seule cellule peuvent ordonner la fabrication d'un milliard de protéines de fibre de soie.

La vie sait faire deux choses: construire et communiquer.

Concurrents fourmis

Quand les premières fourmis apparurent, cinquante millions d'années après les termites, sur la croûte terrestre, elles n'avaient qu'à bien se tenir. Lointaines descendantes d'une guêpe sauvage et solitaire, la typhiide, elles n'étaient pourvues ni de grosses mandibules ni de dard. Non seulement elles étaient petites et chétives, mais le concept que l'union fait la force (permettant aux faibles de survivre) était déjà utilisé par les termites.

Qu'à cela ne tienne, elles entreprirent de le copier.

Elles créèrent, elles aussi, leurs villages. Elles bâtirent des cités grossières. Les termites s'inquiétèrent bientôt de cette concurrence. Selon eux, il n'y avait de place sur Terre que pour une seule espèce d'insectes sociaux.

Les guerres étaient désormais inévitables.

Un peu partout dans le monde, sur les îles, dans les arbres, dans les montagnes, les armées des cités termites se battirent contre les jeunes armées des cités fourmis.

On n'avait jamais vu ça dans le règne animal. Des millions de mandibules qui ferraillaient côte à côte pour un objectif… autre que nutritif! Un objectif «politique».

Au début, les termites, plus expérimentés, ga-gnaient toutes les batailles. Mais les fourmis s'adaptèrent. Elles copièrent les armes termites et en inventèrent de nouvelles.

Les guerres mondiales termites-fourmis embrasèrent la planète, de moins 50 millions d'années à moins 30 millions d'années. C'est à peu près à cette époque que les fourmis, en découvrant les armes à jet d'acide formique, marquèrent un point primordial. De nos jours encore, les batailles se poursuivent entre les deux espèces ennemies, mais il est rare de voir les légions termites vaincre.

Concurrents humains

Et puis l'homme apparut sur Terre, il y a trois millions d'années.

L'homme est très différent de la fourmi (voir dessin).

Au début, les hommes préhistoriques, qui déjà observaient avec fascination les fourmis, ne saisirent pas l'intérêt de bâtir des villes. Ils vécurent donc pendant 3 millions d'années en famille et en tribu.

Mais tout comme les fourmis, ils n'étaient pas dotés de défenses naturelles.

Pas de griffes, pas de crocs, pas d'ailes, pas d'aptitude extraordinaire à la course.

Bref l'homme et la fourmi étaient dépourvus de gadgets de défense et d'attaque, donc le gibier idéal de tous les animaux.

Le seul moyen de résister, c'était le groupe, la vie sociale, la ville. L'homme mit longtemps à le comprendre.

Ce n'est qu'il y a 5 000 ans que fut créée la première cité: Çatal Yuyuk (Anatolie).

Dès lors, on peut dire que les humains entraient dans le jeu. Ils étaient enfin dans le coup. Tout devenait possible.

Conte

Si le mot «conte» et le mot «compte» ont la même phonétique en français, on s'aperçoit que ce recoupement entre les chiffres et les lettres existe pratiquement dans toutes les langues. Compter des mots ou conter des chiffres, où est la différence? En anglais, compter se dit count, conter se dit recount. En allemand, compter se dit zahlen, conter: erzahlen. En hébreu conter: le saper, compter: li saper. En chinois compter: shu, conter: shu.

Les chiffres et les lettres sont mariés depuis les balbutiements du langage. Chaque lettre correspond à un chiffre, chaque chiffre à une lettre.