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Et comme elle m’a fait les gros yeux, je me suis sauvé et j’ai pleuré jusqu’à la maison.

A la maison, j’ai tout raconté à Maman ; alors elle m’a embrassé et elle m’a dit qu’elle allait arranger ça avec mon papa. Et Maman a pris le billet et elle est allée voir Papa qui était dans le salon. Et puis Maman est revenue avec une pièce de vingt centimes :

— Tu achèteras une tablette de chocolat avec ces vingt centimes, m’a dit Maman.

Et moi, j’ai été bien content. Je crois même que je vais donner la moitié de ma tablette à Alceste, parce que c’est un copain, et avec lui, on partage tout.

On a fait le marché avec papa

Après dîner, Papa a fait les comptes du mois avec Maman.

— Je me demande où passe l’argent que je te donne, a dit Papa.

— Ah ! j’aime bien quand tu me dis ça, a dit Maman, qui pourtant n’avait pas l’air de rigoler ; et puis elle a expliqué à Papa qu’il ne se rendait pas compte de ce que coûtait la nourriture et que s’il fallait faire le marché, il comprendrait, et qu’on ne devait pas discuter devant le petit.

Papa a dit tout ça c’était des blagues, que si lui s’occupait d’aller acheter les choses, on ferait des économies et on mangerait mieux, et que le petit n’avait qu’à aller se coucher.

— Eh bien, puisque c’est comme ça, tu feras les courses, toi qui es si malin, a dit Maman.

— Parfaitement, a répondu Papa. Demain, c’est dimanche, et j’irai au marché. Tu verras comme moi je ne me laisse pas faire !

— Chic, j’ai dit, je pourrai y aller, moi aussi ! Et on m’a envoyé me coucher.

Le matin, j’ai demandé à Papa si je pouvais l’accompagner et Papa a dit que oui, que c’étaient les hommes qui faisaient le marché aujourd’hui. Moi j’étais drôlement content, parce que j’aime bien sortir avec mon papa, et le marché, c’est chouette. Il y a du monde et ça crie partout, c’est comme une grande récré qui sentirait bon. Papa m’a dit de prendre le filet à provisions et Maman nous a dit au revoir en rigolant.

— Tu peux rire, a dit Papa, tu riras moins quand nous serons revenus avec de bonnes choses que nous aurons payées à des prix abordables. C’est que nous, les hommes, on ne se laisse pas rouler. Pas vrai, Nicolas ?

— Ouais, j’ai dit.

Maman a continué à rigoler et elle a dit qu’elle allait faire chauffer l’eau pour cuire les langoustes que nous allions lui rapporter, et nous sommes allés chercher la voiture dans le garage.

Dans l’auto, j’ai demandé à Papa si c’était vrai que nous allions ramener des langoustes.

— Et pourquoi pas ? a dit Papa.

Là où nous avons eu du mal, c’est pour trouver où garer. Il y avait un tas de monde qui allait au marché. Heureusement, Papa a vu une place libre – il a l’œil, mon papa – et il a garé.

— Bien, a dit Papa, nous allons prouver à ta mère que c’est facile comme tout de faire le marché, et nous allons lui apprendre à faire des économies. Pas vrai, bonhomme ?

Et puis, Papa s’est approché d’une marchande qui vendait des tas de légumes, il a regardé et il a dit que les tomates, ce n’était pas cher.

— Donnez-moi un kilo de tomates, il a demandé, Papa.

La marchande a mis cinq tomates dans le filet à provisions et elle a dit :

— Et avec ça, qu’est-ce que je vous mets ?

Papa a regardé dans le filet, et puis il a dit :

— Comment ? Il n’y a que cinq tomates dans un kilo ?

— Et qu’est-ce que vous croyez, a demandé la dame, que pour le prix vous aurez une plantation ? Les maris, quand ça vient au marché, c’est tous du pareil au même.

— Les maris, on se laisse moins rouler que nos femmes, voilà tout ! a dit Papa.

— Répétez ça un peu, si vous êtes un homme ? a – demandé la marchande, qui ressemblait à M. Pancrace, le charcutier de notre quartier.

Papa a dit : « bon, ça va, ça va » ; il m’a laissé porter le filet et nous sommes partis, pendant que la marchande parlait de Papa à d’autres marchandes.

Et puis, j’ai vu un marchand avec plein de poissons sur sa table et des grosses langoustes :

— Regarde, Papa ! Des langoustes ! j’ai crié.

— Parfait, a dit Papa, allons voir ça.

Papa, il s’est approché du marchand, et il a demandé si les langoustes étaient fraîches. Le marchand lui a expliqué qu’elles étaient spéciales. Quant à être fraîches, il pensait que oui, puisqu’elles étaient vivantes, et il a rigolé.

— Oui, bon, a dit Papa, à combien la grosse, là, qui remue les pattes ?

Le marchand lui a dit le prix et Papa a ouvert les yeux gros comme tout.

— Et l’autre, là, la plus petite ? a demandé Papa. Le marchand lui a dit le prix de nouveau et Papa a dit que c’était incroyable et que c’était une honte.

— Dites, a demandé le marchand, c’est des langoustes ou des crevettes que vous voulez acheter ? Parce que ce n’est pas du tout le même prix. Votre femme aurait dû vous prévenir.

— Viens, Nicolas, a dit Papa, nous allons chercher autre chose.

Mais moi, j’ai dit à Papa que ce n’était pas la peine d’aller ailleurs, que ces langoustes me paraissaient terribles, avec leurs pattes qui remuaient, et que la langouste c’est drôlement bon.

— Ne discute pas et viens, Nicolas, m’a dit Papa. Nous n’achèterons pas de langouste, voilà tout.

— Mais Papa, j’ai dit, Maman fait chauffer l’eau pour les langoustes, il faut en acheter.

— Nicolas, m’a dit Papa, si tu continues, tu iras m’attendre dans la voiture !

Alors là, je me suis mis à pleurer ; c’est vrai, quoi, c’est pas juste.

— Bravo, a dit le marchand, non seulement vous êtes radin et vous affamez votre famille, mais en plus, vous martyrisez ce pauvre gosse.

— Mêlez-vous de ce qui vous regarde, a crié Papa, et d’abord, on ne traite pas les gens de radins quand on est un voleur !

— Un voleur, moi ? a crié le marchand, vous voulez une baffe ?

Et il a pris une sole dans la main.

— Ça c’est bien vrai, a dit une dame ; le merlan que vous m’avez vendu avant-hier n’était même pas frais. Même le chat n’en a pas voulu.

— Pas frais, mon merlan ? a crié le marchand.

Alors il y a tout plein de gens qui sont venus et nous sommes partis pendant que tous se mettaient à discuter et que le marchand faisait des gestes avec sa sole.

— Nous rentrons, a dit Papa, qui avait l’air nerveux et fatigué ; il se fait très tard.

— Mais, Papa, j’ai dit, nous n’avons que cinq tomates. Moi, je crois qu’une langouste...

Mais Papa ne m’a pas laissé finir, il m’a tiré par la main, et comme ça m’a surpris, j’ai lâché le filet à provisions, qui est tombé par terre. C’était gagné. Surtout qu’une grosse dame qui était derrière nous a marché sur les tomates, ça a fait « cruish », et elle nous a dit de faire attention. Quand j’ai ramassé le filet à provisions, ce qu’il y avait dedans, ça ne donnait pas faim.

— Il faudra qu’on retourne acheter d’autres tomates, j’ai dit à Papa. Pour ces cinq-là, c’est fichu.

Mais Papa n’a rien voulu entendre et nous sommes arrivés à la voiture. Là, Papa n’a pas été content à cause de la contravention.

— Décidément, c’est le jour ! il a dit.

Et puis, nous nous sommes mis dans l’auto et Papa a démarré.

— Mais fais attention où tu mets le filet, a crié Papa. J’ai plein de tomates écrasées sur mon pantalon ! Regarde un peu ce que tu fais !

Et c’est là que nous avons accroché un camion. A force de faire le guignol, ça devait arriver !

Quand nous sommes sortis du garage où on avait emmené l’auto – c’est pas grave, elle sera prête après-demain – Papa avait l’air fâché. C’est peut-être à cause des choses que lui avait dites le camionneur, un gros.