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— Pas tous ! Rufus seulement ! L’infirmerie n’est pas une cour de récréation ! Et puis votre camarade est peut-être contagieux !

Ça, ça nous a fait tous rigoler, sauf Agnan, qui a toujours peur d’être contagié par les autres.

Et puis après, le Bouillon a sonné la cloche et nous sommes allés en classe, pendant que M. Mouchabière raccompagnait Rufus chez lui. Il a de la chance, Rufus ; on avait classe de grammaire.

Et pour la maladie, ce n’est pas grave du tout, heureusement.

Rufus et M. Mouchabière ont la rougeole.

Les athlètes

Je ne sais pas si je vous ai déjà dit que dans le quartier, il y a un terrain vague où des fois nous allons jouer avec les copains.

Il est terrible, le terrain vague ! Il y a de l’herbe, des pierres, un vieux matelas, une auto qui n’a plus de roues mais qui est encore très chouette et elle nous sert d’avion, vroum, ou d’autobus, ding ding ; il y a des boîtes et aussi, quelquefois, des chats ; mais avec eux, c’est difficile de rigoler, parce que quand ils nous voient arriver, ils s’en vont.

On était dans le terrain vague, tous les copains, et on se demandait à quoi on allait jouer, puisque le ballon de foot d’Alceste est confisqué jusqu’à la fin du trimestre.

— Si on jouait à la guerre ? a demandé Rufus.

— Tu sais bien, a répondu Eudes, que chaque fois qu’on veut jouer à la guerre, on se bat parce que personne ne veut faire l’ennemi.

— Moi, j’ai une idée, a dit Clotaire. Si on faisait une réunion d’athlétisme ?

Et Clotaire nous a expliqué qu’il avait vu ça à la télé, et que c’était très chouette. Qu’il y avait des tas d’épreuves, que tout le monde faisait des tas de choses en même temps, et que les meilleurs c’étaient les champions et qu’on les faisait monter sur un escabeau et qu’on leur donnait des médailles.

— Et l’escabeau et les médailles, a demandé Joachim, d’où tu vas les sortir ?

— On fera comme si, a répondu Clotaire.

Ça, c’était une bonne idée, alors on a été d’accord.

— Bon, a dit Clotaire, la première épreuve, ça sera le saut en hauteur.

— Moi, je saute pas, a dit Alceste.

— Il faut que tu sautes, a dit Clotaire. Tout le monde doit sauter !

— Non, monsieur, a dit Alceste. Je suis en train de manger, et si je saute je vais être malade, et si je suis malade, je ne pourrai pas finir mes tartines avant le dîner. Je ne saute pas.

— Bon, a dit Clotaire. Tu tiendras la ficelle par-dessus laquelle nous devrons sauter. Parce qu’il nous faut une ficelle.

Alors, on a cherché dans nos poches, on a trouvé des billes, des boutons, des timbres et un caramel, mais pas de ficelle.

— On n’a qu’à prendre une ceinture, a dit Geoffroy.

— Ben non, a dit Rufus. On peut pas sauter bien s’il faut tenir son pantalon en même temps.

— Alceste ne saute pas, a dit Eudes. Il n’a qu’à nous prêter sa ceinture.

— Je n’ai pas de ceinture, a dit Alceste. Mon pantalon, il tient tout seul.

— Je vais chercher par terre, voir si je ne trouve pas un bout de ficelle, a dit Joachim.

Maixent a dit que chercher un bout de ficelle dans le terrain vague, c’était un drôle de travail, et qu’on ne pouvait pas passer l’après-midi à chercher un bout de ficelle, et qu’on devrait faire autre chose.

— Hé, les gars ! a crié Geoffroy. Si on faisait un concours sur celui qui marche le plus longtemps sur les mains ? Regardez-moi ! Regardez-moi !

Et Geoffroy s’est mis à marcher sur les mains, et il fait ça très bien ; mais Clotaire lui a dit qu’il n’avait jamais vu des épreuves de marcher sur les mains dans les réunions d’athlétisme, imbécile.

— Imbécile ? Qui est un imbécile ? a demandé Geoffroy en s’arrêtant de marcher.

Et Geoffroy s’est remis à l’endroit et il est allé se battre avec Clotaire.

— Dites, les gars, a dit Rufus, si c’est pour se battre et pour faire les guignols, ce n’est pas la peine de venir dans le terrain vague ; on peut très bien faire ça à l’école.

Et comme il avait raison, Clotaire et Geoffroy ont cessé de se battre, et Geoffroy a dit à Clotaire qu’il le prendrait où il voudrait, quand il voudrait et comment il voudrait.

— Tu me fais pas peur, Bill, a dit Clotaire. Au ranch, nous savons comment les traiter, les coyotes de ton espèce.

— Alors, a dit Alceste, on joue aux cow-boys, ou vous sautez ?

— T’as déjà vu sauter sans ficelles ? a demandé Maixent.

— Ouais, garçon, a dit Geoffroy. Dégaine !

Et Geoffroy a fait pan ! pan ! avec son doigt comme revolver, et Rufus s’est attrapé le ventre avec les deux mains, il a dit : « Tu m’as eu, Tom ! » et il est tombé dans l’herbe.

— Puisqu’on ne peut pas sauter, a dit Clotaire, on va faire des courses.

— Si on avait de la ficelle, a dit Maixent, on pourrait faire des courses de haies.

Clotaire a dit alors que puisqu’on n’avait pas de ficelle, eh bien, on ferait un 100 mètres, de la palissade jusqu’à l’auto.

— Et ça fait 100 mètres, ça ? a demandé Eudes.

— Qu’est-ce que ça peut faire ? a dit Clotaire. Le premier qui arrive à l’auto a gagné le 100 mètres, et tant pis pour les autres.

Mais Maixent a dit que ce ne serait pas comme les vraies courses de 100 mètres, parce que dans les vraies courses, au bout, il y a une ficelle, et le gagnant casse la ficelle avec la poitrine, et Clotaire a dit à Maixent qu’il commençait à l’embêter avec sa ficelle, et Maixent lui a répondu qu’on ne se met pas à organiser des réunions d’athlétisme quand on n’a pas de ficelle, et Clotaire lui a répondu qu’il n’avait pas de ficelle, mais qu’il avait une main et qu’il allait la mettre sur la figure de Maixent. Et Maixent lui a demandé d’essayer un peu, et Clotaire aurait réussi si Maixent ne lui avait pas donné un coup de pied d’abord.

Quand ils ont fini de se battre, Clotaire était très fâché. Il a dit que nous n’y connaissions rien à l’athlétisme, et qu’on était tous des minables, et puis on a vu arriver Joachim en courant, tout content :

— Hé, les gars ! Regardez ! J’ai trouvé un bout de fil de fer !

Alors Clotaire a dit que c’était très chouette et qu’on allait pouvoir continuer la réunion, et que comme on en avait tous un peu assez des épreuves de saut et de course, on allait jeter le marteau. Clotaire nous a expliqué que le marteau, ce n’était pas un vrai marteau, mais un poids, attaché à une ficelle, qu’on faisait tourner très vite et qu’on lâchait. Celui qui lançait le marteau le plus loin, c’était le champion. Clotaire a fait le marteau avec le bout de fil de fer et une pierre attachée au bout.

— Je commence, parce que c’est moi qui ai eu l’idée, a dit Clotaire. Vous allez voir ce jet !

Clotaire s’est mis à tourner sur lui-même des tas de fois avec le marteau, et puis il l’a lâché.

On a arrêté la réunion d’athlétisme et Clotaire disait que c’était lui le champion. Mais les autres disaient que non ; que puisqu’ils n’avaient pas jeté le marteau, on ne pouvait pas savoir qui avait gagné.

Mais moi je crois que Clotaire avait raison. Il aurait gagné de toute façon, parce que c’est un drôle de jet, du terrain vague jusqu’à la vitrine de l’épicerie de M. Compani !

Le code secret

Vous avez remarqué que quand on veut parler avec les copains en classe, c’est difficile et on est tout le temps dérangé ? Bien sûr, vous pouvez parler avec le copain qui est assis à côté de vous ; mais même si vous essayez de parler tout bas, la maîtresse vous entend et elle vous dit : « Puisque vous avez tellement envie de parler, venez au tableau, nous verrons si vous êtes toujours aussi bavard ! » et elle vous demande les départements avec leurs chefs-lieux, et ça fait des histoires. On peut aussi envoyer des bouts de papier où on écrit ce qu’on a envie de dire ; mais là aussi, presque toujours, la maîtresse voit passer le papier et il faut le lui apporter sur son bureau, et puis après le porter chez le directeur, et comme il y a écrit dessus « Rufus est bête, faites passer » ou « Eudes est laid, faites passer », le directeur vous dit que vous deviendrez un ignorant, que vous finirez au bagne, que ça fera beaucoup de peine à vos parents qui se saignent aux quatre veines pour que vous soyez bien élevé. Et il vous met en retenue !

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