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— Quel couple étrange, Yamato et son Islandaise, remarqua Malko.

Al Borzoï sourit :

— Elle admire Yamato aveuglément. C’est sa force qui l’excite. Pourtant, il lui flanque des trempes épouvantables… Ce qui ne l’empêche pas d’être prête à s’envoyer n’importe qui : elle n’a pas le droit de sortir seule dans Tokyo… Une fois, il l’a récupérée avec un pilote de ligne hollandais qu’il a à moitié tué.

— Vous avez des nouvelles de Tom Otaku ? demanda Malko.

L’Américain secoua la tête.

— Le truc habituel. Les gens du Kohan fouillent les milieux universitaires, mais sans résultat.

— Et la fille qui a essayé de me faire sauter ?

— Rien. On n’a même pas pu l’identifier… Ils cherchent à retrouver sa trace, grâce aux débris de sa cape.

Al Borzoï eut un sourire sans joie.

— Votre tête n’a pas plu à la belle Hiroko.

Malko prit congé de l’homme de la C.I.A. Il faisait beau et frais. Il marcha un peu, longeant l’Okura, descendant vers le centre par des petites rues sans trottoir. Dieu que Tokyo était laid ! Du dégueulis d’architecte, surmonté par des autoroutes urbaines construites n’importe comment, avec de gros buildings gris qui surgissaient comme des champignons…

Ecoeuré, il finit par prendre un taxi, dont le chauffeur en gants blancs ne parlait pas un mot d’anglais. Heureusement, il savait dire « hôtel Imperial » en japonais…

* * *

La nuit tombait lorsque Malko regagna l’Imperial. Il était quatre heures et demie : la pollution et le mauvais temps. Comme d’habitude, le grand hall grouillait d’animation avec des rangées de Japonais assis sur les banquettes le long de la cafétéria.

Au moment où Malko prenait sa clef, un jeune Japonais en col roulé s’approcha de lui et lui dit quelque chose dans sa langue. Rendu prudent par son expérience précédente, Malko, sur ses gardes, s’écarta de son interlocuteur. Ce dernier ne paraissait pourtant pas animé de mauvaises intentions… Jeune, avec un col roulé, il souriait, expliquant quelque chose. Malko se fit traduire par une des filles du desk.

— Il vient vous chercher, dit-elle, de la part d’un de vos amis.

— Qui ?

Échange de gazouillis.

— L’ami avec qui vous avez dîné hier soir, expliqua la Japonaise.

L’honorable Kawashi… Malko emboîta le pas au Japonais. Ce dernier l’emmena à une grosse Nissan noire avec des rideaux blancs sur la lunette arrière et l’installa à l’arrière. Puis il prit le volant. Intrigué, Malko se demanda où ils allaient.

Chapitre VII

La Nissan noire stoppa au milieu d’une rue si étroite que ses flancs frôlaient les palissades, des deux côtés. Tout le quartier était un dédale de vieilles maisons avec de minuscules jardins, dans le quartier des ambassades, Minato-ku. Avec de mini-collines, et quelques rares buildings.

Le Japonais en col roulé se précipita pour ouvrir la portière à Malko, puis lui montra une petite maison moderne, entourée d’un microscopique jardin. Il ouvrit la porte, s’effaça ; Malko pénétra à l’intérieur. Cela sentait l’encens et le jasmin. La première chose qui frappa son regard fut le superbe décolleté de Goudroune, la femme de Yamato, agenouillée au milieu du living en face de son mari, assis sur une chaise. Avec ses cheveux blonds relevés en chignon, son corsage lacé très bas découvrant deux seins laiteux, elle ressemblait à une gravure ancienne.

Elle leva les yeux sur Malko et sourit. Tout en continuant à délacer les chaussures de son époux. Sans se préoccuper de Malko, elle enleva une à une les chaussures, puis fit glisser la chausette gauche découvrant le pied nu.

— Come on in ![12] cria Yamato.

Malko s’avança dans la pièce, serra la main du Japonais. Ce dernier semblait nettement plus détendu qu’en présence de son patron. Goudroune achevait de déboutonner son gilet, et de défaire ses boutons de manchettes. Il se leva, pieds nus, ôta le gilet, retroussa ses manches, ôta ses lunettes.

— Asseyez-vous, dit-il. Je n ai pas eu le temps de m’entraîner ce matin. Nous aurons peut-être à nous défendre aujourd’hui…

C’était la première allusion au pacte tacite entre Kawashi et Malko. Celui-ci grillait de lui demander pourquoi il l’avait fait venir.

Au moment où il allait poser la question, Goudroune revint, portant trois planches rectangulaires, épaisses de deux centimètres chacune, qu’elle posa par terre. Puis elle roula le tapis, dégageant un espace libre au milieu de la pièce. Yamato se concentra quelques secondes puis commença une série de mouvements tantôt rapides et brutaux, tantôt lents et souples, d’une beauté surprenante et sauvage.

Pendant plusieurs minutes, il dansa cet étrange ballet, se mettant en garde contre un adversaire invisible, se détendant d’un coup, tournoyant. Goudroune contemplait et le regardait avec les yeux humides de plaisir. Elle éprouvait visiblement une joie sexuelle à cette exhibition. Quand Yamato se détendit en poussant un cri rauque et glacial qui fit sursauter Malko, les yeux de la jeune Islandaise se révulsèrent. Yamato s’immobilisa d’un coup, en sueur, essoufflé.

— Les planches, jeta-t-il.

Goudroune prit une des planches et la tint verticalement devant elle, à un mètre du sol, à deux mains, le visage tendu. Yamato se concentra, puis, avec une vitesse fulgurante sa jambe se détendit.

Malko eut l’impression que son pied n avait fait qu’effleurer la planche épaisse. Pourtant, elle se fendit en deux avec un craquement sec. Goudroune poussa un cri de douleur : une écharde lui avait percé la main, le sang coulait. Yamato l’ignora.

— Tu m’as fait mal ! gémit Goudroune.

-- Tais-toi, fit le Japonais avec une brutalité qui choqua Malko.

Goudroune ravala ses larmes, prit les deux planches qui restaient et les tint à deux mains, après avoir enveloppé son doigt blessé d’un mouchoir. De nouveau, Yamato se concentra. Son poing droit fermé se balançait comme un piston de locomotive, tout son corps accompagnant le mouvement…

Le cri rauque fit vibrer la porcelaine. Yamato avait détendu les bras. De nouveau, Malko crut qu’il effleurait seulement les deux planches de son poing fermé. Mais les quatre morceaux tombèrent à terre. Brisés net. Ce qui faisait six centimètres de bois dur… Goudroune, oubliant son doigt en sang, lui jeta un long regard langoureux. Sa poitrine se soulevait rapidement. Yamato se recoiffa et remit ses lunettes.

— Fantastique, admira Malko.

Le Japonais hocha modestement la tête.

— Ce n’est rien, dit-il. Mon sensé[13] arrive à briser des pierres avec le tranchant de sa main. Moi je peux seulement faire éclater le crâne d’un homme d’un coup de pied ou de poing. Par l’utilisation totale de l’énergie. C’est une question d’influx nerveux, et d’entraînement. Je frappe trois cents coups tous les matins contre une planche flexible. L’onde de choc peut provoquer des lésions internes importantes.

Il avait fini de reboutonner son gilet, remis ses lunettes, et ressemblait de nouveau à un petit comptable bien tranquille…

— Allons-y, dit-il.

Goudroune lui jeta un regard plein de reproche. Visiblement, déçue de ne pas profiter de toute cette bonne énergie.

* * *

La Nissan filait sur le Shuto Expressway contournant le Palais Impérial. Malko aperçut des cygnes noirs, nageant dans les douves.

— Où allons-nous ? demanda-t-il.

— Voir le père de cette Hiroko, annonça-t-il. C’est une idée de Kawashi-san.

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12

Entrez.

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13

Maître.