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Tout à coup, Malko poussa un rugissement.

— La voiture !

La Nissan avait disparu. Fébrilement, il balaya l’avenue du regard, croyant à une erreur. Yamato traversait déjà en courant. Malko le rejoignit. Il y avait des signes cabalistiques à la craie sur la chaussée, là où ils avaient garé la Nissan.

— La police, bredouilla Yamato. Ils ont enlevé la voiture, parce qu’on était mal garés.

La BMW déboîtait. Malko agita frénétiquement le bras pour arrêter un taxi. Son geste attira le regard du Saoudien. Il le vit se retourner, puis la fille. Le taxi pila, et les deux hommes se ruèrent dedans. Malade de rage, Yamato parlait comme une mitraillette, brandissant des billets de dix mille yens. Le chauffeur en gants blancs sembla enfin comprendre et accéléra. La BMW était déjà cent mètres devant…

De nouveau ce fut l’Expressway n° 4. Le taxi suivait tant bien que mal, en dépit des exhortations furieuses de Yamato. La BMW roulait à une vingtaine de mètres, pas très vite. Malko commençait à se détendre un peu quand il vit la voiture blanche obliquer brutalement vers la gauche et plonger dans une rampe de sortie. Yamato hurla :

— Abounaï ![14]

Le chauffeur essaya bien de se rabattre, mais un concert de klaxons l’intimida. Malko aperçut fugitivement la fille blafarde qui les dévisageait avec insistance, puis la BMW disparut en contrebas. Yamato agonisait le chauffeur d’injures. Ils repartirent à tombeau ouvert. La rampe suivante se trouvait à plus d’un kilomètre. Ils se retrouvèrent dans un quartier industriel désert, tournèrent en rond plus de vingt minutes, remachant leur rage, sans rien voir. Le chauffeur terrorisé n’osait plus se retourner.

— Ils m’ont repéré quand j’ai appelé le taxi, dit Malko.

Yamato frotta ses mains grassouillettes l’une contre l’autre.

— Kawashi-san va être très déçu…

Et Malko donc ! Il bouillait de rage en pensant que les occupants de la BMW étaient peut-être en train de retrouver Hiroko. Mais il n’y avait rien à faire. Qu’à prier pour avoir moins de malchance la fois suivante.

— Rentrons, dit Malko, dégoûté.

* * *

Hiroko s’appliqua à ne pas lever la tête lorsque Malko traversa le hall pour donner sa clef. Grâce au traitement intensif qu’elle suivait, l’enflure de ses yeux diminuait, ce qui la rendait beaucoup moins reconnaissable. En plus, elle portait des lunettes fumées. Assise devant un thé, comme beaucoup de gens attendant un client ou un ami, dans l’énorme cafétéria en contrebas du hall, elle n’attirait pas l’attention. La haine le disputait à l’excitation de venir défier son adversaire sur son terrain. Elle que toute la police recherchait ! Elle était venue avec la même Datsun qui avait déjà servi à leur fuite, après l’échange des otages. Garée dans la petite rue le long de l’Imperial. Dans la poche de son imperméable, elle avait son Beretta, et trois chargeurs. Dans l’autre, deux grenades défensives.

Elle brûlait de haine. Sa complice chargée des liaisons avec les Saoudiens l’avait mise au courant de la filature. Le signalement d’un des deux correspondait à celui qui avait mené l’échange. Puisque Yokohi n’avait pas réussi à l’éiiminer, elle s’en chargerait elle-même… Grisée par sa puissance, elle observa le hall.

Attendant l’occasion favorable, il fallait qu’elle donne l’exemple. Sinon, sa bande se disloquerait. Or, elle voulait continuer. Avant de quitter la maison, elle avait encore torturé horriblement Furuki avec de fines lames de bambou qu’elle avait enfoncées sous ses ongles, dans le méat de son sexe, dans son anus. Après les avoir enduites de piment. Il était toujours attaché au pilier. Nourri de riz et de poisson. Depuis bientôt quatre jours, pataugeant dans ses excréments. Il ne paierait jamais assez cher ses trahisons.

L’homme blond se dirigea vers la sortie. D’un geste naturel, Hiroko se leva, laissa deux cents yens sur la table et lui emboîta le pas, les mains dans les poches de son imperméable. La mort en marche.

Chapitre VIII

M. Yamato, le cheveu de nouveau impeccable, l’oeil vif derrière les lunettes cerclées de fer, plongea dans une courbette au ras du sol. La Nissan noire était de nouveau là, arrachée aux griffes de la police par la puissante organisation de M. Kawashi. Un peu tard… Malko écouta d’une oreille distraite les excuses fleuries de Yamato qui avait dû se faire traîner dans la boue par le président du syndicat des racketteurs.

— Kawashi-san souhaite vivement que vous veniez le retrouver, annonça Yamato. Il est profondément affecté par la malchance qui nous a frappés…

Malko s’installa dans la Nissan où se tenait déjà un gigantesque Japonais au crâne rasé, bâti comme un lutteur, avec un visage plat aux traits durs, enveloppé dans un kimono noir. Il salua Malko d’une profonde inclinaison de tête. Celui-ci remarqua qu’il lui manquait les premières phalanges de l’index et du médius gauche. La voiture fila aussitôt vers le sud. Malko se demandait où ils allaient. Après leur échec de l’après-midi, il pensait que Kawashi allait mettre un certain temps avant d’avoir de nouveaux tuyaux.

Les télex angoissés de la C.I.A. s’entassaient chez Al Borzoï. Il fallait coûte que coûte retrouver Furuki. Savoir ce que le Sekigun préparait contre les U.S.A. Tom Otaku n’osait même plus téléphoner au chef de station de la C.I.A. Même les journaux parlaient moins de Hiroko. Un navire atomique frappé d’une avarie tournait en rond autour des ports japonais et cela mobilisait l’actualité. Malko rageait ; quand retrouverait-il une piste comme celle du Saoudien ?

De nouveau, il pleuvait à verse.

* * *

Hiroko frissonna sous son imperméable, courant vers sa voiture garée dans la petite rue qui longeait l’Imperial.

Au dernier moment, elle avait renoncé à attaquer Malko. Les deux hommes qui se trouvaient avec lui l’inquiétaient, surtout le plus grand. Cela sentait le Milieu. Or, Hiroko devait se garder pour sa mission.

D’ailleurs, pour avoir remonté aussi vite ses sources d’armes, il fallait qu’il ait trouvé des aides hors des services officiels. C’est ce qui lui faisait peur.

Brûlante de haine, elle s’engouffra dans sa petite Toyota beige. Dès qu’elle fut au volant, elle ôta ses lunettes et posa son Beretta sur le plancher, laissant les grenades dans les poches de l’imperméable. Il fallait tuer son adversaire avant la nuit. Sinon, elle perdait la face.

La Nissan, devant elle, ne roulait pas vite. Ils s’éloignaient du centre, vers l’aéroport, traversaient un quartier de plus en plus industriel.

* * *

La Nissan, après avoir tourné dans les rues sombres et étroites, stoppa devant une petite maison devant laquelle brillait une superbe lanterne en papier et une enseigne en anglais : Utamaro. Il n’y avait pas de trottoir, comme d’habitude. Une file de grosses voitures stationnait en face. Yamato et le géant en kimono noir précédèrent Malko dans un petit hall.

Aussitôt, les trois hommes furent entourés d’une nuée de jeunes Japonaises au maquillage outrancier, toutes vêtues du même kimono blanc s’arrêtant à mi-cuisses. Au milieu d’une profusion de courbettes, plusieurs ôtèrent le manteau de Malko, délacèrent ses chaussures, les remplaçant par des pantoufles et le poussèrent dans un escalier étroit au milieu de gazouillements joyeux. Yamato avait subi le même traitement. Il sourit à Malko.

— Kawashi-san dit toujours qu’un mauvais coup des dieux mérite une compensation, Malko-san. Utamaro est le meilleur Turoko Bath. Il appartient d’ailleurs à Kawashi-san.

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Attention !