Le premier étage était un bar douillet, avec télévision et musique japonaise. À peine Malko était-il assis qu’une ravissante aux yeux en amande vint s’agenouiller devant lui, les yeux baissés, offrant un plateau de thé.
Yamato, qui s’était éclipsé, revint, suivi de deux filles. L’une épanouie, avec un petit nez retroussé, une bouche charnue et rieuse, de longs cheveux noirs tombant sur les épaules et des cuisses fuselées découvertes par le kimono, l’autre, une fillette frêle, enveloppée, elle, dans un vrai kimono, chaussée de chaussettes blanches, avec une bouche trop grande pour ses traits fins, qui lui donnait l’air perverse.
Les deux filles s’agenouillèrent devant Malko.
— Malko-san, dit Yamato, Mademoiselle Paix Jaillissante serait heureuse de vous détendre après vos ennuis d’aujourd’hui. Kawashi-san lui a fait l’honneur de la désigner lui-même…
Refuser eût été de la dernière goujaterie.
— Et l’autre ? demanda Malko.
— C’est Mademoiselle Riz Précoce, expliqua le Japonais. Elle serait très heureuse si vous vouliez bien lui permettre de rester avec sa soeur.
C’eût été criminel de séparer une famille aussi unie. Malko n’eut pas le mauvais goût de s’enquérir de l’âge de Mademoiselle Riz Précoce. Pas plus de treize ans, en tout cas. Yamato transmit son acceptation. Les deux geishas eurent des petits rires gênés, à la japonaise, le visage caché dans leurs mains, puis, on passa aux choses sérieuses… Mademoiselle Paix Jaillissante l’entraîna le long d’un couloir étroit bordé de « salons » de massage. Quelques portes ouvertes, et Malko put apercevoir des saunas, des plantes vertes et des lits de repos. Toutes les cloisons étaient en papier huilé, ce qui nuisait fâcheusement à l’intimité.
Il se retrouva dans une petite pièce qui tenait du jardin japonais et de la salle de gymnastique avec des plantes vertes, un tub en bois, un sauna et une couche. Mademoiselle Paix Jaillissante commença par s’incliner profondément devant lui, le regard faussement pudique, tandis que Mademoiselle Riz Précoce s’agenouillait sur ses talons, en face de lui.
Avec grâce, Mademoiselle Paix Jaillissante se débarrassa de son kimono, et apparut entièrement nue. Elle avait des seins fermes, en poire, écartés, un mont de Vénus entièrement épilé.
Jugeant que Malko l’avait assez admirée, Mademoiselle Paix Jaillissante entreprit de le déshabiller, ponctuant ses gestes de petits « sumimasen »[15] gazouillés.
Mademoiselle Riz Précoce les recueillait ensuite pieusement et les pliait sur une chaise.
Mademoiselle Paix Jaillissante fit enfin glisser le slip avec une lenteur calculée, s’arrêtant pour pousser quelques petites exclamations admiratives d’une politesse raffinée. Mademoiselle Riz Précoce avait relevé la tête et s’instruisait.
Malko se retrouva nu, debout sur le carrelage, et Mademoiselle Paix Jaillissante se mit en devoir de le récurer comme une vieille casserole, frottant chaque centimètre de sa peau avec un gant de crin, l’air absent, comme un bijoutier polissant une bague. Lorsque Malko n’eut plus un atome de saleté, elle le fit asseoir sur un tabouret et lui brossa les dents à lui arracher les gencives. Pendant ce temps. Mademoiselle Riz Précoce faisait couler l’eau chaude dans le tub.
Malko se sentait l’âme d’un boeuf de Kobé avant l’abattoir… Mademoiselle Paix Jaillissante n’épargnait pas sa peine, explorant tous les orifices naturels avec une patience admirable. Lorsque sa caresse déclencha chez Malko une réaction virile, ses yeux se remplirent de joie. Du coup, Mademoiselle Riz Précoce faillit faire déborder le tub.
Savonné comme un nouveau-né, Malko fut entraîné par la main vers le tub. Au prix d’un effort de volonté fantastique, il parvint à ne pas rejaillir de l’eau brûlante immédiatement. C’était, à peu de chose près, la recette de la truite au bleu. Les genoux remontés sous le menton, à cause de la taille exiguë du baquet de bois, conçu pour des Japonais, Malko se laissa cuire stoïquement.
Ravies de son endurance, ses deux bourreaux déversaient allègrement des torrents d’eau chaude sur lui, lavant la mousse. Lorsque Mademoiselle Paix Jaillissante le tira enfin du tub, Malko avait la couleur d’un Comanche…
Il disparut aussitôt sous les serviettes chaudes, et on le remit sur son tabouret. Très vite, les serviettes tombèrent. Jusqu’ici, ce n’était pas d’un érotisme fabuleux… Cela tenait plutôt de la préparation aux Jeux Olympiques. Cette fois, les deux soeurs s’y mirent ensemble. Mademoiselle Paix Jaillissante entreprit de jouer des castagnettes sur son dos, avec le tranchant de ses deux mains, le massant avec une brutalité inouïe.
Il allait hurler lorsqu’il éprouva une sensation délicieuse dans le bas ventre. Baissant les yeux, il aperçut Mademoiselle Riz Précoce, le visage concentré, en train de lui chatouiller le dessous des testicules avec une paille de riz et une délicatesse extrême. Curieusement, cette caresse légère provoqua chez lui un effet fulgurant. Il crut que Mademoiselle Riz Précoce allait battre des mains. Mais elle était trop consciencieuse pour s’interrompre. Elle ne reposa sa paille de riz que lorsque Mademoiselle Paix Jaillissante prit Malko par la main et l’entraîna vers le lit recouvert d’un drap blanc. Cela avait un côté morgue mais Malko n’en était plus à un détail bizarre près. On le força à s’allonger sur le dos. Il sentit une odeur agréable de citron. Mademoiselle Paix Jaillissante était en train de s’enduire les mains d’une crème jaunâtre.
Puis elle commença à le masser. Mais d’une façon très différente. Avec une douceur incroyable. D’abord la poitrine et le ventre. Puis elle passa aux jambes et aux pieds, étirant chaque orteil avec un soin maniaque sous l’oeil critique de Mademoiselle Riz Précoce. Puis, peu à peu, sa caresse remonta, se transformant en un massage beaucoup plus localisé et précis. En profitant même pour le violer de son index, avec une onction impitoyable. Cette sensation inhabituelle ne fit qu’augmenter l’effet du massage.
Grâce à la crème jaune, qui facilitait le glissement des deux peaux l’une contre l’autre, Malko avait l’impression d’une bête chaude montant et descendant le long de lui, et non d’une main humaine. Sérieuse comme une caissière, Mademoiselle Paix Jaillissante dosait ses effets. Dès quelle sentait Malko au bord de l’explosion, elle transformait son va-et-vient en caresse circulaire, rafraîchissante. À force pourtant de jouer avec le feu, elle réalisa à des contractions imperceptibles qu’elle avait atteint le point de non-retour. Les doigts de Mademoiselle Paix jaillissante se refermèrent autour de lui, si fort qu’il faillit crier, puis ils semblèrent se multiplier par dix, ses ongles griffèrent sa chair la plus délicate et il eut l’impression qu’un geyser jaillissait de son ventre. Tendu en arc de cercle, il s’entendit crier.
Pendant plusieurs secondes, le monde n’exista plus pour lui. Lorsqu’il reprit conscience de la réalité, il croisa le regard plein d’une satisfaction perverse de Mademoiselle Riz Précoce.
Dépassé, Malko murmura un des rares mots japonais qu’il sache :
— Itchibang ![16]
Flattée, Mademoiselle Paix Jaillissante se cassa en deux. Il comprenait maintenant le sens évident de son nom. Mademoiselle Riz Précoce y alla également de sa courbette : unies dans l’hommage comme dans la peine. Puis, fila vers le sauna. C’étaient des stakhanovistes de l’amour !
En voyant le parallélépipède de bois, avec un couvercle rabattant sur le dessus et un trou pour la tête, Malko se dit qu’il allait encore jouer au homard. Mais c’était apparemment la condition indispensable à d’autres voluptés. Les Japonais étaient des gens organisés. Tout semblait avoir été programmé sur ordinateur… Tandis que la vapeur chauffait. Mademoiselle Paix Jaillissante, à genoux sur la natte, entreprit de lui administrer une fellation extrêmement lente et profonde, comme si son gosier n’avait pas de fond. Mademoiselle Riz Précoce regardait cette performance, béate d’admiration : la fellation contrôlée ! Hélas, le sauna était prêt. Les jambes flageolantes, Malko se laissa installer entre les parois de bois comme dans une baignoire. Les deux Japonaises rabattirent le couvercle, ne laissant dépasser que la tête. Avec un soin tatillon, Mademoiselle Riz Précoce bloqua le loquet, en bas de la paroi. Comme si Malko allait essayer de s’échapper.