Выбрать главу

De l’autre côté de Hibaya Avenue, Malko repéra une fourgonnette arrêtée en face du marchand de fleurs. Peut-être des policiers. Il chercha dans la foule ceux qui le suivaient, sans les voir. Ce qui le rassura. Max Sharon marchait à côté de lui, impénétrable. Absolument impénétrable. Malko essaya d’en savoir davantage.

— Nous allons dans leur « planque » ?

— Non, répondit Sharon, sans sortir la pipe de sa bouche.

Il se ferma comme une huître et ne dit plus rien jusqu’au métro. Une douzaine d’autres voyageurs patientaient sur le quai. La rame arriva. Ils montèrent, s’assirent côte à côte sur une banquette de velours. Le métro de Tokyo était remarquablement propre et silencieux, tous les wagons communiquant entre eux par des soufflets, ce qui donnait au train l’aspect d’un énorme serpent creux. Il y avait pas mal de monde, mais, apparemment, il était le seul étranger. Au bout de trois stations, Max Sharon se leva.

— Nous descendons.

Malko suivit. Le nom de la station était en caractères occidentaux : Hamamatsucho.

Ils émergèrent en bordure d’un parc, dans une rue animée. Malko voyait qu’ils ne se trouvaient pas loin du port, mais c’était la seule indication, outre la longueur du trajet. Au bout de cent mètres, ils stoppèrent devant la vitrine d’un marchand de kimonos. Des choses affreuses et bon marché, avec, au milieu de l’étalage, un petit taxiphone rouge.

— Que se passe-t-il ? demanda Malko.

— Nous attendons là, dit Sharon sans plus d’explication.

Malko se plongea dans la contemplation des kimonos. Pendant ce temps, les hommes du Kohan devaient grouiller de tous les côtés. Il s’appliqua à ne pas regarder autour de lui, pour ne pas donner l’éveil à Sharon.

Le téléphone rouge se mit à sonner. Aüssitôt, Max Sharon décrocha, écouta quelques secondes, puis raccrocha.

Rien ne se passa pendant deux ou trois minutes.

Puis un taxi arriva, vide. Il stoppa en face du marchand de kimonos. Aussitôt, Max Sharon poussa Malko vers le véhicule, dont la portière arrière s’était ouverte automatiquement, commandée par le chauffeur, comme sur tous les taxis.

— Montez.

À peine furent-ils à l’intérieur que le taxi démarra brutalement. Vingt mètres plus loin, il tourna à droite, dans un sens interdit, frôlant une voiture qui arrivait en sens inverse. Soudain, Malko réalisa que le taxi s’était arrêté avant que Sharon ne lui fasse signe… Celui qui le conduisait appartenait à la bande d’Hiroko ! Il regarda son visage dans le rétroviseur. Un visage rond, jeune, attentif à la conduite.

Le taxi – probablement volé – se faufila hors du sens interdit, fila le long du port, slalomant entre les obstacles. Cherchant visiblement à déjouer toute filature. Malko pensa aux policiers lancés à ses trousses. Pourvu que sa radio fonctionne bien ! À cause du métro, il n’avait pas dû être suivi par beaucoup de gens.

Inquiétant.

Le taxi continua encore cinq minutes, puis stoppa devant un bâtiment d’où partait une voie de ciment en surélévation. Sharon sortit le premier.

— Allons-y.

Malko ressentit un petit picotement désagréable dans la colonne vertébrale. Cette fois, il ne pouvait plus reculer.

— Où ? demanda-t-il.

— Nous prenons le monorail pour Haneda, dit Sharon. Ensuite, nous recevrons d’autres instructions…

Le monorail serpentait du centre de Tokyo à l’aéroport de Haneda, en grande partie au-dessus du port.

Max Sharon prit deux tickets pour Haneda. Le monorail ne s’arrêtait qu’une fois avant, à Okeiba Jomae. Ils montèrent jusqu’à la plate-forme de départ. Une demi-douzaine de personnes étaient déjà assises dans la voiture. On apercevait les frondaisons du parc Shubaouschi et l’eau du port. Malko se demanda si on avait pu le suivre… Le taxi était reparti aussitôt. Max Sharon se tourna vers Malko.

— Donnez-moi l’arme que vous avez.

Chapitre XV

Malko hésita.

— Allons, fit Sharon de sa petite voix sèche. Dépêchez-vous. Ou nous repartons.

La rame était sur le point de partir. À regret, Malko prit son pistolet et le tendit au journaliste. Celui-ci l’enfouit dans la poche de son pardessus.

Malko monta derrière Max Sharon. Au moment où les portes se refermaient, il aperçut une voiture qui freinait brutalement en bas de la station, trois hommes qui en jaillissaient et se précipitaient dans l’escalier de ciment…

Son estomac se serra. À voir leur précipitation, il y avait gros à parier que c’étaient les premiers à reprendre contact. Malko se rassura en se disant que le parcours jusqu’à Haneda durait plus d’un quart d’heure. Cela laisserait le temps à ses anges gardiens, de « recoller » à la station intermédiaire. Le monorail glissait parallèlement aux voies du chemin de fer filant vers le sud, au-dessus d’un paysage de docks et d’entrepôts. Puis il se sépara des voies ferrées, filant vers l’Expressway n° 1. On apercevait les bateaux en train de décharger dans la baie. Bientôt, ce serait Haneda.

Où donc Hiroko avait-elle fixé le rendez-vous ? Peut-être voulait-elle partir directement de l’aéroport ?

Il y eut soudain un brouhaha de voix et d’appels dans le wagon avant. Malko se raidit d’abord, puis se dressa sur son siège, afin de voir ce qui se passait. Max Sharon avait l’air sincèrement surpris, lui aussi. Le monorail ralentit soudain.

Malko regarda au-dessous d’eux : il vit une sorte d’îlot industriel isolé au milieu des bassins du port, relié à la terre ferme par un pont étroit rejoignant Kaïgan, la grande avenue qui longeait le port sur plusieurs kilomètres. Il aperçut un fourgon arrêté juste au-dessous d’eux. Il tourna la tête vers l’avant et son sang se figea. Un jeune homme braquait une mitraillette sur le conducteur du monorail. Un autre tenait en respect les passagers, stupéfaits et terrorisés.

Max Sharon retira sa pipe de sa bouche, et laissa tomber :

— Ah ! nous sommes arrivés.

Une activité fébrile régnait sous le monorail. Plusieurs hommes, le visage masqué par un bas de femme, s’affairaient à appliquer une échelle métallique contre le pilier de béton supportant la voie du monorail ! Ils jaillirent sur le « rail » de ciment. L’homme qui menaçait le conducteur força ce dernier à manoeuvrer l’ouverture de la porte coulissante.

Trois terroristes armés de pistolets entrèrent dans le wagon et se dirigèrent droit vers Malko et Max Sharon, échangèrent quelques mots en japonais avec celui-ci.

— Nous descendons, annonça le journaliste.

Malko se leva, suivit les hommes masqués, descendit du monorail. Il se dirigea lentement vers l’échelle. À partir de maintenant, il fallait gagner du temps. À tout prix. Les terroristes le bousculèrent.

— Hayaku ! Hayaku ![21]

Au moment où il s’engageait sur l’échelle, il vit le monorail redémarrer vers Haneda. Sans les terroristes.

Il mit pied à terre le premier, attendit Max Sharon. Celui-ci était toujours aussi calme. Ils avaient atterri dans un terrain vague bordé par un bras de mer et le mur d’un entrepôt. Les portes arrière de la camionnette s’ouvrirent. Malko aperçut un corps étendu et une femme coiffée d’un béret, les yeux protégés par des lunettes noires. Elle sauta à terre et vint vers eux.

C’était Hiroko.

* * *

Tom Otaku raccrocha son téléphone et annonça d’une voix atterrée :

— Ils l’ont perdu !

Al Borzoï s’en était douté, à voir l’expression du Japonais.

— Où ? fit-il.

— Près de la station Hamamatsucho de la ligne J.N.R. Notre agent n’a pas trouvé de taxi. Mais il a relevé le numéro du véhicule, nous le diffusons en ce moment, toutes nos voitures se dirigent vers cette zone.

вернуться

21

Vite ! Vite !