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— C’est une longue histoire…

Chris Jones l’arrêta d’un geste :

— On sait. M. Wise a reçu votre lettre de Vienne. On ne demande qu’à vous croire. Où en êtes-vous ?

Pendant que la Lincoln dévalait le tunnel, Malko résuma la situation.

— Il faut demander l’aide du FBI, conclut-il. Pour retrouver Janos Ferenczi coûte que coûte, et Sabrina.

— Tous les gars des Domestic Opérations sont sur le coup pour vous, dit Chris Jones. On va les avertir. Et le FBI aussi.

L’immeuble contenant la centrale des Domestic Opérations se trouvait à Washington, 1750, Pensylvania Avenue, à deux pas de la Maison-Blanche. La CIA n’ayant pas le droit d’opérer sur le territoire des USA, cette centrale n’avait aucune existence légale – La Lincoln que conduisait Chris Jones était pourtant immatriculée au nom d’une société fantôme domiciliée 1750, Pensylvania Avenue. Ils émergeaient du tunnel.

Chris Jones prit le micro, dissimulé sous le luxueux tableau de bord, changea de fréquence et annonça :

— Ici, Jones. 6-4-7-9. Nous avons retrouvé SAS. Il faut protéger d’urgence une femme qui habite 425, East 52, appartement 2 B. Nom encore inconnu. Que personne, je dis, personne, ne puisse l’approcher. Retenez quiconque tentera d’entrer en contact avec elle.

Malko s’écria :

— Chris, il va être midi. Avec le trafic, ils ne pourront jamais y être à temps.

Le gorille sourit finement.

— Ils y vont en chopper[25]. Seront là-bas avant nous. Ils attendent sur le building de la Panam.

Effectivement quand ils arrivèrent au 425 de la 52e Rue, cinq hommes du FBI étaient déjà là. L’hélicoptère les avait tout simplement déposés sur le toit de l’immeuble. En trois minutes. À son micro, Chris Jones diffusa le signalement de Janos Ferenczi avant de rejoindre Malko et Milton dans le hall.

Le portier, qui avait été chercher un taxi pour Malko, eut un haut-le-corps en l’apercevant :

— Mais je connais ce type-là, glapit-il. Il a voulu…

Chris Jones l’arrêta :

— C’est notre patron. Vous avez quelque chose à dire ?

Puis il se tourna vers les agents du FBI.

— Où est la fille ?

— Pas dans l’appartement, répondit l’autre. Nous avons tout fouillé. Deux gars de chez nous y sont en permanence.

— Personne ne l’a demandée ?

— Personne, sauf un coup de téléphone. On a raccroché tout de suite, sans rien dire.

— Vous avez des hommes partout ? demanda Malko.

— Jusque dans le vide-ordures.

Tout ce déploiement de force ne servait à rien tant qu’on ignorait où se trouvait Sabrina. Malko eut une inspiration :

— Allons à l’appartement.

Ils montèrent avec Chris et Milton. Les hommes du FBI leur ouvrirent. Le cœur battant, Malko alla au meuble d’où Martin avait sorti le masque de caoutchouc. L’objet n’avait pas bougé.

Il le sortit et le tendit à Chris Jones :

— Gardez cela comme un billet de mille dollars. C’est la première preuve que je ne suis ni fou, ni traître…

Déployant le masque, il expliqua au gorille de quoi il s’agissait. Chris Jones siffla d’admiration :

— Eh bien ! je ne m’étonne pas qu’ils vous aient eu, avec des trucs comme ça. Moi qui croyais qu’ils en étaient restés au couteau entre les dents.

Il n’y avait plus rien à faire dans l’appartement. Le FBI le passerait au peigne fin.

— Il faut retrouver Sabrina coûte que coûte, dit Malko. Le portier ne sait rien ?

Ils retournèrent au desk.

— Avez-vous vu sortir la locataire du 2 B ? demanda Malko. Tâchez de vous souvenir. C’est une question de vie ou de mort.

Le portier avala sa salive. Qu’est-ce qu’il allait avoir à raconter à sa femme, au fond de Brooklyn…

— Mam’selle Diana Lynn ? Ça fait bien deux heures qu’elle est partie. Mais j’sais pas où. Elle dit jamais rien. Juste « bonjour », « bonsoir ». Le bonhomme ne pouvait pas les aider plus. Même en lui lavant le cerveau à la lessive biologique.

Soudain, Malko eut une illumination : il revoyait le taxi emmenant Sabrina, deux heures plus tôt. Malgré lui, son cerveau avait enregistré la plaque arrière. Les numéros défilaient dans sa mémoire, aussi nettement que s’il les avait notés.

Il se tourna vers Chris Jones :

— On peut retrouver un taxi immatriculé 126 HNK ? Savoir qui le conduit.

— Sûr.

— Sabrina l’a pris il y a deux heures.

Chris courait déjà à la Continental, appeler le fichier central de la Police municipale. Dix minutes plus tard, il était de retour.

— C’est un Yellow Cab, numéro de compagnie 6214. Conduit par Julius Feiffer. Pas de radio à bord. Peut être n’importe où.

— Alertons la Police municipale, proposa Malko. Et le FBI. Ça les concerne.

Chris se réinstalla dans la Lincoln. Cela prit encore une douzaine de minutes pour s’assurer que son message avait bien été relayé à toutes les voitures de patrouille. Cela en faisait trois cents environ…

Il n’y avait plus qu’à attendre.

À New York, les taxis sont obligés de noter toutes leurs courses avec leur destination. On saurait au moins où Sabrina s’était rendue.

Malko mourait de faim. Heureusement, il y avait une petite cafétéria après le fleuriste sur la Première Avenue. Lui et Chris allèrent s’attabler devant des œufs brouillés au bacon et un café.

Ils en étaient à leur troisième tasse de café quand un des hommes du FBI, au visage grêlé de taches de rousseur, entra en courant.

— Vite, on l’a retrouvé !

Dans la Lincoln Continental le micro grésillait doucement. À l’autre bout se trouvait un sergent du Bronx. Sa voiture de patrouille venait de tomber sur le taxi de Julius Feiffer. Ce dernier attendait près du micro, ému et bégayant.

Malko prit le combiné :

— Monsieur Feiffer. Ici le FBI. Dites-moi où vous avez déposé une jeune femme chargée il y a deux heures et demie environ au coin de la Troisième Avenue et de la 52e Rue ?

— Attendez voir, fit l’autre.

On l’entendit grommeler, parler tout seul et finalement annoncer :

— Voilà. 1088, Madison Avenue. Juste au coin de la 86e.

— Aucune idée de l’endroit où elle allait ?

Le chauffeur eut un gros rire :

— Ouais, chez le coiffeur, elle m’a dit. Dans le coin probablement.

— Vous l’avez vue entrer quelque part ?

— Ouais. Dites donc, quel châssis cette fille ! J’ai bien perdu deux minutes à la reluquer. Elle est entrée dans la troisième porte en partant de l’avenue… Mais dites donc…

— Parfait, monsieur Feiffer, remercia Malko, vous nous avez rendu un grand service. Au revoir.

Le feu rouge clignotait déjà. Elle tourna tout de suite dans la 53e pour gagner Madison Avenue, en double sens et moins encombrée de camions que la Première Avenue. Dans Madison, ce fut le carrousel. Chris se faufilait diaboliquement, à coups de sirène. Il ne leur fallut pas un quart d’heure pour parvenir au croisement de la 86e. Un quartier d’antiquaires et de boutiques de mode dans le vent. Pas loin de Harlem. Entre-temps, une voiture de patrouille verte et blanche les avait rejoints.

Malko, Chris et deux policiers en uniforme descendirent et se ruèrent à la porte indiquée par Julius Feiffer. Une plaque de cuivre ovale indiquait : « Jean-Louis, coiffeur pour dames. Premier étage. »

Ils montèrent à pied et firent irruption dans une petite entrée qui sentait la laque et le parfum. Un jeune éphèbe blond, le buste serré dans une tunique Mao, poussa un petit cri en voyant les quatre hommes.

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Hélicoptère.