Читать онлайн "Manuscrit Trouvé à Saragosse" автора Потоцкий Ян - RuLit - Страница 4

 
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De cet ouvrage, j’ai eu deux exemplaires entre les mains. Le premier est conservé à la Bibliothèque de Leningrad où il porte la cote 6.11.224. II se compose des deux séries de feuillets reliées ensemble. Au dos de la reliure, figure un seul mot sur deux lignes : Potockiana. À l’intérieur du livre, au verso de la couverture, est collée une bande de papier avec l’indication manuscrite suivante :

Le comte Jean Potocki a fait imprimer ces feuilles à Pétersbourg en 1805, peu avant son départ pour la Mongolie (lors de l’envoi d’une Ambassade pour la Chine), sans titre ni fin, se réservant de le continuer ou non dans la suite, quand son imagination, à laquelle il a donné dans cet ouvrage une libre carrière, l’y inviterait.

Le second exemplaire ne contient que la première série des feuillets. Il appartient à la Bibliothèque nationale de Paris. Relié en maroquin rouge, il porte sur la tranche l’indication : Premier Décaméron. La cote est 4° Y2 3 o59. Le titre est écrit à l’encre, sur la page de garde : Histoire [d’] Alphonse van Worden [ou] [tirée d’un] manuscrit trouvé à Saragosse5. Au-dessous, au crayon, figure le nom de l’auteur : Potocki Jean. Le texte imprimé ne dépasse pas la page 156. Les deux dernières sont recopiées à l’encre. La seconde série de feuillets manque. Le texte comporte d’assez nombreuses corrections au crayon, la plupart strictement typographiques. D’autres proposent de véritables amendements de style. Sur la page de garde est collé un fragment de placard d’imprimerie, au dos duquel on déchiffre une note manuscrite sur laquelle j’aurai à revenir.

A son retour de Mongolie, en 1806, Potocki ne continue pas l’impression de son roman. Plusieurs exemplaires des épreuves circulent dans les salons littéraires de Pétersbourg. En 1809, Frédéric Adelung, ancien directeur de théâtre allemand de Pétersbourg, publie, de cette première partie, une traduction allemande à Leipzig, sous le titre : Abendtheuer in der Sierra Morena, aus den Papieren des Grafen von X.X.X. I. Band. La renommée de l’ouvrage ne cesse de croître. Il semble que Potocki laisse prendre copie de la suite du roman.

Toujours est-il qu’une seconde partie de l’ouvrage est publiée à Paris, en 1813, par Gide fils, rue Colbert, n° 2, près la rue Vivienne, et H. Nicolle, rue de Seine, n° 12. Elle comprend quatre minces volumes de format in-12, sous le titre : Avadoro, Histoire espagnole, par M.L.C.J.P., c’est-à-dire par M. le Comte Jean Potocki.

Elle rapporte, enchevêtrées, les aventures arrivées à un chef de Bohémiens et celles qui lui sont racontées. Elle fait suite pour l’essentiel au texte de Pétersbourg, dont elle reproduit les deux dernières Journées. En effet, comme le chef des Bohémiens apparaissait déjà dans celles-ci, le nouveau roman commence à son entrée en scène, c’est-à-dire à la Journée 12. Il reproduit ensuite totalement ou partiellement les Journées 15 à 18, 20, 26 à 29, 47 à 56 du texte définitif.

Publiées en trois volumes l’année suivante, dans le même format, par le même Gide fils, sis cette fois rue Saint-Marc, n° 20, Les dix Journées de la Vie d’Alphonse van Worden reproduisent le texte imprimé à Saint-Pétersbourg, à quelques aménagements près : il manque toutefois les Journées 12 et 13, qui venaient d’être réimprimées dans Avadoro, et la Journée 11, laissée de côté sans doute parce qu’elle contient seulement deux histoires connues, empruntées l’une à Philostrate, l’autre à Pline le Jeune6. En revanche, l’ouvrage se termine par un épisode encore inédit, l’Histoire de Rébecca, qui correspond à la Journée 14 du texte intégral.

On ignore si ces deux éditions parurent avec l’aveu, sur l’initiative ou sous la surveillance de l’auteur. En tout cas, le texte comporte de nombreuses bévues et se trouve amputé des intermèdes sensuels, si caractéristiques de l’œuvre. Le manuscrit original ne fut pas retrouvé, malgré les recherches entreprises par la comtesse Edling, à la prière de Pouchkine qui possédait les deux éditions parisiennes et qui en admirait fort le pittoresque et le fantastique. Pouchkine commença même de mettre en vers russes les Dix Journées de la Vie d’Alphonse van Worden. Il subsiste un court fragment, d’une cinquantaine de vers, de ce projet abandonné. Mickiewicz et Slowacki, de leur côté, connaissent l’œuvre et l’apprécient.

En 1822, Charles Nodier, sous ses initiales, publie à Paris, chez Samson et Nadau, un petit volume d’histoires de fantômes intitulé Infernaliana. Aux pages 95 à 111, figurent les Aventures de Thibaud de la Jacquière, qui reproduisent, sans s’y référer le moins du monde, mais en le résumant et en le simplifiant parfois, le texte de la Dixième Journée du roman de Potocki. Il est d’ailleurs à remarquer que Potocki donne la source du récit : les Relations curieuses de Hapelius, c’est-à-dire l’érudit Eberhard Werner Happel (1647-1690). En fait, l’épisode se trouve déjà dans Les Histoires mémorables ou tragiques de ce temps de François de Rosset (1619).

La comparaison des textes ne laisse pas le moindre doute : c’est le récit de Potocki que Nodier a utilisé.

En 1829, un choix des ouvrages savants de Potocki est publié à Paris, en deux volumes, par les soins et avec les notes de Klaproth, « Membre des sociétés asiatiques de Paris, de Londres et de Bombay7 », le même qui accompagna Potocki, en 1805, depuis Kazan jusqu’aux frontières de la Mongolie. Cette publication, qui contient une bibliographie des travaux érudits de Potocki, mentionne à la fin le Manuscrit trouvé à Saragosse, Avadoro et Alphonse van Worden avec l’appréciation suivante :

Outre ces ouvrages savants, le comte Jean Potocki a aussi écrit un roman très intéressant, dont seulement des parties ont été publiées ; il a pour sujet les aventures d’un gentilhomme espagnol descendant de la maison de Gomelez, et par conséquent d’extraction maure, L’auteur dépeint parfaitement dans cet ouvrage les mœurs des Espagnols, des Musulmans et des Siciliens ; les caractères y sont tracés avec une grande vérité ; en un mot, c’est un des livres les plus attrayants qu’on ait jamais écrits.

Malheureusement, il n’en existe que quelques copies manuscrites. Celle qui fut envoyée à Paris pour y être publiée est restée entre les mains de la personne chargée de la revoir avant l’impression. Il faut espérer qu’une des cinq, que je connais en Russie et en Pologne, verra tôt ou tard le jour, car c’est un livre qui, de même que Don Quixote et Gil Blas, ne vieillira jamais8.

L’emprunt de Nodier dans Infernaliana ne fut pas le dernier. En 1834-1835, un polygraphe nommé Maurice Cousin publie, sous le pseudonyme de comte de Courchamps, des prétendus Souvenirs de la Marquise de Créquy. À titre d’échantillon des mémoires non moins apocryphes de Cagliostro, il transcrit textuellement (t. III, pp. 323-350,), qu’il intitule Le Paradis sur Terre, l’Histoire de Giulio Romati et de la Princesse de Mont-Salerne, contenue dans la Treizième Journée du roman de Potocki. Courchamps ne s’arrête pas en si beau chemin. À partir d’octobre 1841, il publie dans le journal La Presse une série de feuilletons qu’il présente comme extraits des mémoires inédits de Cagliostro : le premier récit, Le Val funeste, n’est autre que la copie méticuleuse des Dix Journées de la Vie d’Alphonse van Worden ; le second, Histoire de Don Benito d’Almusenar, celle, non moins fidèle, de Avadoro. Le 13 octobre 1841, Le National dénonce le plagiat. Pour le prouver, ce journal avertit ses lecteurs qu’ils verront le lendemain le même feuilleton dans Le National et dans La Presse.

Ce qui arrive, La Presse l’imprimant sur le manuscrit fourni par Courchamps et Le National sur le texte de l’édition parisienne signée M.L.C.J.P. Chacun peut constater que le texte de Courchamps suit mot à mot celui de Potocki, exception faite de quelques expressions, comme par exemple « bouches collées dans un baiser » ou « succubes » censurées, dit Le National du 4 février 1842 « pour ne pas alarmer la pudeur du vicomte Delaunay ». Courchamps répond qu’il a eu les originaux entre les mains dès 181o et qu’il les a prêtés à la fin de la même année à un noble polonais, le comte de Paç…, d’où les initiales M.L.C. J.P. De sorte qu’il peut affirmer :

     

 

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