Аннотация
NOTE SUR LA PRÉSENTE ÉDITION
ET SUR LA TRADUCTION
Rédigé entre 1946 et août 1955, Le docteur Jivago fut refusé par les revues soviétiques en 1956 et publié pour la première fois par les éditions Feltrinelli, à Milan, en 1957, dans une traduction italienne. Au printemps 1958 paraissait une traduction française chez Gallimard, dans la collection Du monde entier, non signée1. Des traductions en d’autres langues suivront.
En août 1958, une édition pirate du texte russe était parue aux Pays-Bas. Feltrinelli imprima alors une édition russe qui sortit en janvier 1959 à Milan.
Il existait un grand nombre de tapuscrits en russe, corrigés par Pasternak lui-même. Ils se trouvaient, après sa mort, dispersés entre les membres de sa famille, les nombreux amis à qui il avait envoyé des copies et les Archives de littérature de Moscou. Certains avaient été saisis, puis restitués. Le fils de Pasternak, Evgueni Borissovitch, sa femme, Elena, et le jeune historien Vadim Borissov travaillèrent à l’établissement d’un texte russe définitif. C’est ce texte qui fut publié en 1988, avec la caution d’une préface de Dmitri Likhatchev, le grand historien de la Russie ancienne, dans les quatre premiers numéros de la revue Novy Mir2. Deux éditions en volume parurent en 1989 dans deux des principales maisons d’édition de Moscou.
Cette nouvelle traduction en français suit le texte et la typographie du tome III de l’édition en cinq volumes des Œuvres de Pasternak (Moscou, Khoudojestvennaïa Literatura, 1990), conformes au texte établi par E. Pasternak et V. Borissov.
La tâche du nouveau traducteur n’était pas simple : la traduction historique avait été hautement saluée par Pasternak. Dans une lettre à Brice Parrain du 8 août 1958, il s’extasie sur « la noble simplicité accrue de la forme française définitive » : « Leur traduction est un exploit de goût et d’ingéniosité ardente, elle est inimitable, elle est céleste, géniale3. »
Pour Pasternak, sincérité rime avec simplicité. La « simple chronique » de la vie du docteur Jivago s’inscrit dans cet effort vers l’évidence. Une traduction nouvelle devait, avant toute chose, sonner clair, rendant aussi fluide que possible la ligne syntaxique de la narration. Mais qui dit clarté ne dit pas forcément rapidité : Jivago est un livre lent, qui a oublié le jeune élan torrentiel du recueil poétique Ma sœur la vie (1917) et sa structure exclamative. Il a fallu savoir faire couler la syntaxe sans précipiter son rythme.
Il fallait aussi compter avec la complexité native de la perception pasternakienne. Pasternak voit tout, et, comme Lara, il aime nommer les choses : les objets de la maison, ceux de la rue, ceux de la guerre, ceux de la nature. Gestes, déplacements, enchaînements, espaces sont détaillés avec précision. Pasternak perçoit les nuances des couleurs, la façon dont elles se modifient, se superposent, se mélangent. Il a la même exigence dans le rendu des sons : chocs, grincements, grouillement des rats et pépiements des oiseaux de la forêt. Le français manque souvent du mot juste, et il a parfois fallu recourir (comme le fait Pasternak en russe) au vieux fonds des régionalismes et des termes spécifiques.
Ce monde, décrit en détail, se métamorphose encore quand il se trouve intégré dans le système métaphorique de la poésie de Pasternak : la syntaxe se ramifie et s’enchevêtre, le lexique s’élève et se colore, la ligne de la phrase se précipite ou ralentit. La nature prend l’initiative, et la traduction doit se garder de gommer les marques de son activité : c’est l’eau, c’est l’arbre ou l’oiseau qui fait, éprouve, décide et parle, régit le verbe et subordonne à sa loi les choses humaines. Même les lieux sont parlants. C’est pourquoi la traduction a choisi, là où c’était possible, de transposer en leur équivalent français certains toponymes.
L’énumération du monde, là où elle devient éparpillement, rencontre l’un des thèmes centraux du roman, celui de la destruction par l’époque des liens institutionnels et personnels. C’est pourquoi il a fallu éviter de gommer les différences, souligner au contraire la diversité, l’éclatement, la bariolure, ne pas craindre de mêler les registres.
Cela est particulièrement vrai du langage des personnages. Ou plutôt des langages. Car Le docteur Jivago est un véritable puzzle verbal, où se côtoient, à côté de la langue normée, les idiomes les plus improbables. Pasternak invente de toutes pièces, pour l’attribuer à mille locuteurs divers, une parlure à laquelle il est difficile d’assigner une origine locale, sociale ou ethnique, et qui désigne l’inventivité des simples gens (déformations, interversions, néologismes) en même temps que la distance qui les sépare des citadins éduqués. Le traducteur est libre de ses choix d’imitation, mais il est tenu – tâche redoutable – à la même imagination langagière.
Cette nouvelle traduction s’est donc attachée à préserver la lisibilité générale du roman tout en donnant un équivalent en français de la marqueterie qu’est la langue de Pasternak, fruit de cette créativité intarissable qui trouve assurément l’une de ses sources dans son imagination de poète.
H. H.












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